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Plan de rénovation du bâtiment : les premières pistes

19/03/2018

Catégorie :General 
 
 
Le Plan de Rénovation énergétique des bâtiments a reçu beaucoup de contributions lors de la période de concertation qui doit déboucher sur la remise de différentes propositions visant à multiplier le nombre de chantiers en France. Alain Maugard, le copilote de ce plan, est intervenu ce 14 février 2018 lors d'une conférence organisée par Energies & Avenir. Si tous s'accordent sur la nécessité d'une exploitation du gisement d'économies d'énergies que représente le bâtiment, ils reconnaissent également que la tâche ne sera pas si simple que cela.
 
La lutte contre les épaves thermiques : une action sociale
 
"Alors, comment être efficaces et pragmatiques ?", s'interroge Alain Maugard. Tout d'abord en intéressant les Français à l'embarquement des travaux d'efficacité énergétique lors d'autres interventions dans les logements. Ensuite, en acceptant les rénovations par étapes, tout du moins lorsque les occupants font preuve de cohérence et de constance dans les travaux réalisés. Celui qui est président de Qualibat émet l'idée d'une "prime de fidélité" pour les ménages engagés dans un parcours de travaux au long cours. Sur la lutte contre la précarité énergétique, priorité définie par le gouvernement, il précise : "Les réactions des ONG sur ce sujet est que les ménages concernés ne sont pas les mieux informés, il faut aller les chercher. C'est une vraie action éminemment sociale". Il recommande également de faire attention à l'effet rebond qui ne manquera pas de survenir une fois que les passoires thermiques seront étanchées et note que les gens revendiqueront (et très justement) "le droit à se chauffer". Alain Maugard insiste également sur la proximité nécessaire avec les habitants. Pour le président du plan, ce dernier "ne se déclinera avec intelligence que grâce aux territoires". Il avance cette fois une notion de "sur mesure local", pour s'adapter aux spécificités régionales tout en répondant à un cahier des charges national.
 
Rebondissant sur la transformation annoncée du Crédit d'impôt transition énergétique (CITE) en prime, Alain Maugard a estimé que le dispositif allait alors ressembler alors à une subvention et donc, aux Certificats d'économies d'énergies (CEE). "D'où l'idée de les ajouter entre eux, ainsi qu'aux aides locales pour créer un package financier", émet le co-animateur du Plan. Sur le Diagnostic de performance énergétique (DPE), il insiste cette fois sur la nécessité de le conserver tout en le fiabilisant : "C'est la base. De sa qualité dépend la valeur verte immobilière des biens". Cette fois, l'expert propose une idée de DPE opposable, à l'occasion des transactions. Patrice Hennig est d'accord : "Les CEE représentent beaucoup d'argent, de l'ordre de 6 à 8 milliards d'économies d'énergies sur la 4e période qui vient de s'ouvrir au 1er janvier 2018. Comment être le plus efficace possible ? En cumulant les aides avec le CITE pour inciter les ménages à passer à l'acte". En allant plus loin, il note la convergence possible de ces outils : "Ils ne sont pas assez utilisés pour valoriser les biens. Dans le cas d'un changement de classe énergétique après travaux, il faudrait pouvoir lier le DPE pour donner droit aux CEE d'un montant équivalent aux économies réalisées". Lui aussi appuie l'initiation d'un parcours de travaux pour aboutir, par étapes, à une rénovation globale.
 
Alain Maugard reprend : "Il faudra séparer clairement le simple diagnostic et les préconisations de travaux. Les diagnostiqueurs sont polyvalents (termites, plomb, amiante, électrique...) mais ne sont donc pas des spécialistes. Ils doivent s'arrêter au diagnostic ! L'audit énergétique et le passeport ont vocation, pour leur part, à intégrer le carnet numérique". Lors de la vente du logement, la réalisation d'un audit, plus poussé qu'un DPE, pourrait être rendue obligatoire et devenir un élément de prix de vente important, en fonction des travaux à réaliser pour remettre le bien à niveau. En revanche, deux cas posent encore problème : lors d'une location et dans le cas de propriétaires occupants. "C'est le point faible actuel. Comment inciter les propriétaires à faire des travaux pour leurs locataires ou lorsqu'il n'y a pas de transaction ?", se demande-t-il. Il envisage notamment que soit fortement encouragé le premier diagnostic, toujours dans l'optique d'inscrire le bien dans un itinéraire de travaux. "C'est un acte citoyen, il faut l'accompagner", assure-t-il.
 
La montée en compétence, toujours au programme
 
Alain Maugard soutient également la montée en compétence de tous les acteurs du secteur. "Il faut que l'offre soit au rendez-vous", déclare le président de Qualibat, qui poursuit : "RGE doit être de plus en plus solide. La non qualité représente aujourd'hui entre 5 et 8 % des cas. S'il y a une polémique qui n'est pas sur cette qualité mais sur la mission de prescription et sur les tarifs pratiqués". Pour lui, le système fonctionne même s'il est améliorable. En revanche, le copilote du Plan de rénovation énergétique des bâtiments se montre plus critique sur le service public d'information dédié à la question : "C'est trop compliqué à l'heure actuelle : passeport, carnet numérique, DPE, audit énergétique... Il faut faire plus simple, comme pour les financements". Il donne l'exemple des Offices de tourisme qui aident les gens à trouver des informations et qui sont gérés par différentes collectivités locales tout en arborant une même bannière. L'expert déclare : "Il faut pouvoir trouver des indices de confiance, y compris au niveau des fourchettes de prix normales, ceci pour éviter des délinquants". Ce fameux guichet unique apparaît également nécessaire à Patrice Hennig "pour y voir clair dans ce maquis".

Source : Batiactu